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Comment choisir un univers pour sa série télé?

Une des premières choses à déterminer quand on développe un projet télé, c’est l’univers dans lequel il se déroule : un bar de danseuse, une rue de banlieue à Brossard, une compagnie d’exterminateur?

Selon moi, ces univers peuvent (très arbitrairement) être divisés en deux catégories: chauds et froids.

Les univers chauds:

Ce sont des univers qui regorgent d’histoires à la base. Ce sont d’ailleurs souvent ces univers qui sont utilisés pour faire des documentaires d’observation comme 180 jours, De garde 24/7, Police en service, Au coeur de la DPJ. Il s’y déroule chaque jour, qu’on le veuille ou pas, des tonnes d’histoires. Comme scénariste, on entre dans ces univers à travers le point de vue de nos personnages. Ceux-ci sont constamment en train réagir à ce qui les entoure et ils doivent tenter de se frayer un chemin à travers cet univers chaud.

Des exemples:

  • Unité 9 : une prison pour femmes
  • Toute la vie: une école pour fille-mère
  • Confre-offre: une entreprise familiale de courtiers immobiliers
  • Doute raisonnable: une unité d’enquête sur les crimes sexuels.

(en rédigeant, je réalise que les séries de Fabienne Larouche se déroulent souvent dans ce type d’univers)

Les univers froids:

Par contraste, ce sont des univers qui ne sont pas est constante ébullition. Ça ne veut pas dire qu’ils ne sont pas « chaleureux ». Mais ce sont des univers où, si nos personnages n’y étaient pas, il ne se passerait pas grand-chose. Dans cette logique, Breaking Bad est un univers « froid ». Si Walter White ne décide pas de se lancer dans le crystal meth, il ne s’y passerait rien. En d’autres mots, l’univers « froid » doit être réchauffé par l’action de ses personnages.

Des exemples:

  • Audrey est revenue
  • Les mecs
  • Léo

Alors, quel univers je choisis?

En tant que producteur chez URBANIA, je reçois régulièrement des propositions de projets. J’ai donc la chance d’être exposé à plusieurs univers. Ceux qui se distinguent ont généralement les deux qualités suivante : AUTHENTIQUE + ORIGINAL.

Authentique: « Write what you know »

T’as déjà travaillé au Burger King? T’as été élevé par ta grand-mère en région? T’as fait les Jeux du Québec en Kinball? Parmi tous ces univers que tu connais, un d’entre eux peut-il t’inspirer une fiction? Attention, ça ne veut pas dire qu’il doit s’agir d’un récit autobiographique. Ton histoire peut être 100% inventée, elle se déroule simplement dans un univers que tu maîtrises. En tant qu’auteur, ça permet d’enrichir les scénarios d’une tonne de petits détails. Quand un auteur sait de quoi il parle, ça paraît immédiatement dans son écriture. Un exercice intéressant avant de développer une nouvelle idée de projet serait de faire la liste de tous les univers dans lesquels tu as déjà vécu : type de famille, école, premiers emplois, hobbys, sports, etc. Il y en a probablement un parmi eux qui ferait un bon terrain de jeu pour une fiction, non?

Original: « Write what we don’t know »

J’adore les histoires qui nous font découvrir de nouveaux univers. Des séries comme M’entends-tu (Télé-Québec), Je voudrais qu’on m’efface (Tou.tv), Manuel de la vie sauvage (Série Plus), ont tous en commun de nous faire plonger dans un univers dont on ignore souvent la réalité et les codes. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est important qu’une plus grande variété d’auteurs prennent la parole. On ne peut pas demander à un auteur à succès blanc de 60 ans d’écrire sur la réalité des réfugiés syriens, sur les enjeux de la communauté trans ou sur la dure la réalité des gangs de rue. Ça prend plus d’auteurs qui proviennent de plus d’horizons pour faire ça! Une autre question à se poser est donc, parmi tous les univers que je maîtrise, lequel ou lesquels n’ont jamais été vus à la télé?

Ma vie est plate, est-ce que je peux écrire quand même?

Oui! Mais il faut que tu deviennes un EXPERT.

Personnellement, je tripe sur l’univers militaire et j’adore les films de guerre. Mais, si jamais l’envie me prenait d’écrire une série qui se passe dans l’armée, je sais bien que j’aurais beaucoup de travail à faire. Je devrais rencontrer des soldats, lire des livres, aller faire de l’observation. Il me faudrait posséder entièrement cet univers avant de rédiger mon pitch. C’est d’ailleurs ce qu’a probablement dû faire Kim Lévesque Lizotte pour sa série Virage (Noovo). Elle n’a jamais été patineuse de vitesse Olympique, mais, dès les premières minutes du premier épisode, on voit qu’elle a fait ses devoirs. C’est une tonne de petits détails subtils qui font qu’on y croit ou qu’on y croit pas. Et, il ne faut pas sous-estimer le « radar à bullshit » du public. Toute apparence de manque d’authenticité est rapidement repérée et condamnée. Pensons à la série dans l’univers du journalisme Les jeunes loups dont la réplique d’un personnage au premier épisode s’était transformée en meme: « pense Internet Paula ». Le public veut du VRAI. Même si tout est faux, il veut sentir que c’est assis sur du VRAI.

Le créateur de Star Trek n’a jamais été astronaute.

C’est vrai que tu peux aussi inventer ton propre univers. Par contre, même là, mieux vaut s’appuyer sur certains éléments du réel. La Servante écarlate parle d’une misogynie qui existe bel et bien dans notre société et Harry Potter s’inspire énormément de la vie des collèges anglais. Bref, même les univers les plus fantastiques puisent généralement dans le vrai pour connecter avec le public.

GSP avait une carte secrète (tout ce temps-là!)

Préparez-vous à être choqués… George St-Pierre est naturellement gaucher. Boum!

Okay okay, je comprends qu’on ne fasse pas la une des journaux avec ça. Mais, en même temps, c’est quand même étonnant parce qu’on l’a toujours vu se battre comme un droitier. Tous ses combats, depuis le début de sa carrière, se sont faits comme ça. C’est ce qu’il a révélé récemment au podcast de Joe Rogan. Et quand Joe lui a demandé s’il a déjà eu envie de « switcher » sa garde au cours d’un combat… GSP a répondu qu’il se gardait cette option comme un as dans sa manche.

Il s’imaginait jouer cette carte dans un combat de championnat difficile où il aurait perdu les premiers rounds. Pour renverser la vapeur en déstabilisant son adversaire. Il se voyait revenir au quatrième ou au cinquième round en gaucher, coup de théâtre! Mais il ne l’a jamais fait! En 28 combats, il n’a jamais utilisé cette arme secrète. Même lors des moments difficiles, comme dans son combat contre Hendricks, il a toujours gardé cette option cachée.

Dans son livre Impro 1, Robert Gravel raconte l’histoire d’un champion d’escrime. Après avoir atteint le sommet de son sport en utilisant sa main droite, celui-ci avait repris l’entraînement du début avec sa main gauche. Pour découvrir de nouveaux horizons. Pour se réinventer. J’ai toujours trouvé cette anecdote inspirante, mais là, je trouve que George Saint-Pierre élève la barre. Lui, il s’entraînait en parallèle avec sa droite ET SA GAUCHE, juste au cas.

Ce qui est fou dans cette histoire, ce n’est pas qu’il s’entraînait des deux côtés, plusieurs combattants le font. C’est qu’il le faisait en secret ET qu’il ne s’en est jamais servi. On ne parle pas d’une petite tricks qu’on sort d’un chapeau pour surprendre un adversaire. On parle d’un entraînement important sur plusieurs années… qui n’a jamais été utilisé. Quand même!

Évidemment, ça pose aussi la question : combien d’autres armes secrètes cachait-il? Avait-il juste ce truc dans sa manche ou avait-il tout un arsenal?

Jean-François Lisée à la rôtisserie

Jean-François Lisée entre à la rôtisserie Fusée.

JF- Je vois que vous avez un spécial « Choix du chef »
Employé- Ouais!

JF- Okay, bien c’est qui ce chef là?
Employé- Bien… y’a pas vraiment de chef…

JF- Qui tire les ficelles ici?
Employé- On a Gaétan qui attache nos boîtes avec des ficelles??

JF- Ça fait que votre chef, c’est Gaétan?
Employé- Non, on a pas de chef.

JF- Écoutez, je vous trouve formidable, mais comment je peux faire confiance à votre chef dans son « choix du chef » SI JE SAIS MÊME PAS C’EST QUI ?

Pour éviter l’appropriation culturelle : le truc de la pièce de théâtre russe

Dans la foulée de SLÀV et du débat passionné qui l’entoure. Je propose humblement une nouvelle manière d’aborder ce genre de questions.

Je vous présente donc le truc de la pièce de théâtre russe :

Il consiste simplement à se demander – « Comment je ferais pour écrire une pièce de théâtre en Russe ?

J’apprendrais le Russe

Il existe des dictionnaires, des sites de traduction et des ouvrages sur la grammaire. Avec tout ça, je me dis que je suis probablement capable d’écrire tout ce que je veux en Russe.

Un francophone, comme moi, va écouter ma pièce et se dire « Ayoye! Ça sonne vraiment Russe ». Toutefois, gageons que si je joue ma pièce en Russie… ils n’y comprendront rien. La langue a une tonne de subtilité qui m’échappent, même si j’ai lu tous les livres sur le sujet.

Je consulterais des Russes.

Ça tombe bien, mon voisin vient justement de Russie ! Il m’aide à corriger mon texte et à le peaufiner. Il va même plus loin et ajoute certains éléments culturels que je ne connaissais pas. Grâce à lui, j’ai maintenant une pièce de théâtre en Russe. Super !

Je monte alors sur scène, mais les spectateurs russes ont l’air perplexes. Bien quoi ? Je suis bel et bien en train de leur jouer une pièce de théâtre dans leur langue. Qu’est-ce qu’ils ont à ne pas comprendre ?

C’est vrai, qu’avec mon accent d’Elvis Gratton, ils ne captent peut-être pas toute la sensibilité que j’ai mis dans ma pièce. Mon texte est Russe, mais pas moi.

J’engagerais des Russes dans mon projet.

Je recommence le processus et je fais rejouer le même texte par un comédien russe. Cette fois, ça marche beaucoup mieux.

Voilà !

Maintenant, on va se le dire, une culture c’est au moins aussi complexe qu’une langue. En fait, ça l’est probablement beaucoup plus. Alors, imaginons que je m’attaque, avec la même bonne volonté, à un sujet comme l’esclavagisme ou les pensionnats autochtones. Mes chances d’être maladroit, de manquer de sensibilité ou d’être carrément insultant sont énormes. Pas parce que je suis mal intentionné ou que mon regard artistique n’est pas valable, mais simplement parce que ce n’est pas dans ma (langue) culture d’origine.

Ce qui m’amène à la grosse question que tout le monde se pose : en tant que blanc occidental puis-je écrire sur tous les sujets ? Je crois personnellement que oui ! Mais je dois le faire de la même manière que si je voulais écrire une pièce de théâtre en Russe !