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Le faux dilemme des élections

Le faux dilemme des gardiens avertis

Prenons une situation simple, un gardien averti veut faire boire quelque chose à l’enfant qu’il garde.

  • Jérémi, est-ce que tu veux du lait ?
  • Non !
  • Est-ce que tu veux de l’eau ?
  • Non !
  • Qu’est-ce que tu veux donc ?
  • Rien !

Pour éviter ce genre de situation, j’utilisais ce truc redoutable qu’on m’avait enseigné dans les cours des gardien averti:

  • Jérémi, tu veux de l’eau ou du lait ?
  • Eeee, du lait.

Et vlan ! En lui posant la question de cette manière, le petit Jérémi ne pouvait pas simplement répondre non. Il s’agit, bien sûr, d’une apparence de choix, car il aurait probablement préféré de la liqueur ou du chocolat chaud.

J’imagine qu’il se dit que comme il n’aime pas vraiment boire de l’eau, il serait mieux de répondre qu’il veut du lait. Pas tant qu’il aime boire du lait, mais qu’il veut éviter un scénario dans lequel il se retrouve avec un verre d’eau.

Le plus beau dans cet apparence de choix, c’est que s’il est déçu d’avoir un verre de lait, il m’est possible de lui dire que c’est lui-même qui l’a choisi.

Le faux dilemme électoral

  • Québécois, est-ce que vous voulez du parti libéral ?
  • Non !
  • Est-ce que vous voulez du parti québécois ?
  • Non !
  • Qu’est-ce que vous voulez donc ?
  • Rien de tout ça !

J’ai l’impression que les constitutionnalistes britanniques du 19e siècle qui ont créé notre système électoral ont dû réfléchir comme des gardiens avertis. Ils ont mis sur pied un système favorisant (grandement) le bipartisme. Peu importe ce qu’on en pense philosophiquement, aux yeux de notre système électoral la bataille se joue malheureusement toujours entre deux partis politiques. La question qu’on nous pose est donc :

  • Québécois, vous voulez du parti libéral ou du parti québécois ?
  • Eeee…

Le fameux « vote stratégique » qu’on nous invite à utiliser se résume donc à faire comme l’enfant de 4 ans qui répond qu’il veut du lait pour éviter d’avoir de l’eau.

Le vrai problème, c’est que notre système ne permet pas (ou difficilement) aux citoyens de choisir une alternative dont il a vraiment envie. Bien sûr, on est libre de voter pour le parti qu’on veut, mais les dés sont pipés et on se retrouve quand même pris avec de l’eau ou du lait.

Soyons plus avertis que nos gardiens et refusons le faux choix qui nous est présenté. Votons pour l’alternative la plus inspirante. Et si le pire devait arriver ? L’histoire récente du Québec (et d’autres pays) montrent que le pire a de toute manière tendance à arriver malgré le vote « stratégique ».

Tous les enfants du monde: Soyez réalistes, exigez du jus !

La CLASSE devrait-elle dénoncer Jésus ?

Il n’est pas possible de s’assoir à une table de négociation avec un groupe qui ne dénonce pas la perturbation et la désobéissance civile : « c’est à dire la désobéissance aux lois » affirme Line Beauchamp en point de presse aujourd’hui.

La ministre voudrait donc que les associations étudiantes dénoncent aussi la désobéissance civile en plus de la violence. Comme l’explique Gabriel Nadeau Dubois, porte parole de la CLASSE, sur twitter : « la désobéissance civile, c’est ce que pratiquait les Suffragettes, Rosa Parks, Gandhi et Martin Luther King ». Est-ce que ces luttes sont condamnables selon la ministre ? Aurait-elle refusé de négocier avec Gandhi si celui-ci n’avait pas accepté de condamner la grande marche du sel ?

Si on pousse cette logique plus loin, Line Beauchamp demanderait-elle au Pape de condamner Jésus ? Celui-ci a pourtant pris part à une action, que la ministre aurait jugé violente, de perturbation économique lorsqu’il jète les marchands hors du temple. Il faut ajouter que Jésus refusa de se plier aux injonctions de la loi, ce qui lui a valu d’être jugé et condamné. La CLASSE, pour plaire à la ministre Beauchamp, devrait-elle condamner les comportements de Jésus ?

Ce qui semble déranger la ministre c’est le rapport de force qui a été créé par le mouvement étudiant. C’est d’ailleurs uniquement grâce à ce rapport de force qu’elle invite aujourd’hui les associations étudiantes à négocier. Et c’est ce même rapport de force que la ministre voudrait voir les leaders des associations étudiantes condamner ?!

Contrairement à Pierre dans la bible, espérons que le mouvement étudiant ne se reniera pas lui-même et qu’il sera en mesure de maintenir sa mobilisation, seul gage d’une négociation qu’on espère fructueuse.